Dans cette étrange affaire, je ne tirerai pas sur le
pianiste. Non, ça c’était l’année dernière à Marienbad, drôle d’endroit pour
une rencontre, et puis la mariée était en noir, en plein soleil.
Que voulez-vous, dans un monde sans pitié, il faut bien
vivre sa vie, tel le petit soldat, et pas seulement comme un singe en hiver.
Surtout éviter le mépris.
Et, selon son bon plaisir, partir vers la baie des anges ou
pour un week-end à Zuydcoote même si la guerre est finie, oublier les
parapluies de Cherbourg, le mauvais sang et la répulsion qu’ils inspirent, se
croire en grandes vacances.
Ou encore, un dimanche à la campagne, franchir le cercle
rouge, et, folie des grandeurs, installer un bateau sur l’herbe :
après tout, l’aventure c’est l’aventure, et hop au-revoir les enfants, avec ou
sans valise…Ce serait un peu l’an 01, on ressemblerait aux naufragés de l’ile
de la tortue, dans un moment d’égarement.
Et, enfin, ouvrir le livre des rêves...
Il y a 2 ou 3 choses que je sais d’elle, la femme d’à
côté, tel un obscur objet du désir, comme Pauline à la plage. J'imagine des
baisers volés sur le genou de Claire. Une chambre en ville. Là, on se ficherait
bien du dernier métro : la vie est un roman.