La preuve que non, en m'administrant certaines médications évoquées ici-même pas plus tard
qu’hier :
EN UNE SEULE PHRASE NOMBREUSE
Je demande pardon aux poètes que
j’ai pillés
poètes de tous pays, de toutes époques,
je n’avais pas d’autres mots, d’autres écritures
que les vôtres, mais d’une façon, frères,
c’est un bien grand hommage à vous
car aujourd’hui, ici, entre nous, il y a
d’un homme à l’autre des mots qui sont
le propre fil conducteur de l’homme,
merci.
(Gaston Miron, « J’avance en poésie », in L'homme rapaillé)
poètes de tous pays, de toutes époques,
je n’avais pas d’autres mots, d’autres écritures
que les vôtres, mais d’une façon, frères,
c’est un bien grand hommage à vous
car aujourd’hui, ici, entre nous, il y a
d’un homme à l’autre des mots qui sont
le propre fil conducteur de l’homme,
merci.
(Gaston Miron, « J’avance en poésie », in L'homme rapaillé)
Extrait d’un entretien entre Flavio
Aguiar et Gaston Miron
F. A. : J'aimerais que tu parles un peu de ton
processus de composition, à partir de ce poème, de cette idée de «pillage», de
«poètes que j'ai pillés». (…)
G. M.: Dans le poème, je parle des «poètes que j'ai
pillés». «Piller» , ce n'est pas seulement copier, cela évoque aussi une
«destruction». D'ailleurs un critique a écrit que «Gaston Miron à un moment
donné va dans toutes les directions, il se cherche, il s'essaie...» Cela
rejoint un peu ton idée, selon laquelle je fais «un jeu de miroir entre toutes
sortes de vers». Mais
le critique dit que la façon dont je réutilise ces
vers fait que cela devient totalement du Miron.
F. A. : Je suis tout à fait d'accord, ce processus de
construction devient très personnel.
G. M. : Plagier n'est pas intéressant, parce qu'il n'y
a pas de reconstruction. Piller, c'est agir comme les barbares, qui pillent un
endroit et s'emparent des choses qu'ils désirent, non? Quant aux premiers
mots du poème, «Je demande pardon» — c'est une feinte, ça... (il rit
beaucoup). Après qu'on a donné un coup on dit «je demande pardon... » II faut
ajouter aussi que
ce qui a bien surpris les Français, c'est ce vers d'un
seul mot qui termine le poème, «merci». Ils n'avaient jamais vu ça, un poète qui avoue qu'il a pris des choses à d'autres
poètes, jamais vu ça (rires).
Et là ? C’est moi qui dis merci !
Intéressant billet.
RépondreSupprimerEn passant par ici et par ton autre blog je note consciencieusement le nom de poètes, écrivains et autres personnages dont je n'ai jamais entendu le nom, grand merci donc!
RépondreSupprimerDans un chapitre de son livre, "La folle du logis" (je crois que c'est le titre français) Rosa Montero explique longuement ce pillage-construction; oui, fort intéressant.
Obni> merci camarade Obni ;)
RépondreSupprimerColo> j'en suis heureux, merci en tout cas, et j'espère que ce sera une belle moisson !